Les vierges noires

Les vierges noires

notre dame de liesse

Notre Dame de Liesse

Je souhaite aborder aujourd’hui un sujet non purement alchimique, mais que nous croisons souvent dans les dédales de l’étude du Grand Art. Il s’agit des vierges noires. La première fois que j’en entendais parler, ce fut dans le deuxième volet du film document « La Voyage alchimique » de Georges Combe avec Patrick Burensteinas, à Chartres, où était évoquées la vierge noire Notre-Dame de Sous-Terre. Nous en croisons souvent dans les églises, notamment en Auvergne. Dans la vidéo, la vierge noire, vêtue de blanc est auréolée de 7 points lumineux, 7 étoiles. Selon Patrick Burensteinas, cette vierge noire, rencontrée après la pierre de décharge à l’entrée Nord de la cathédrale, permet de finir d’absorber les énergies négatives du monde extérieur, ou selon la conception chrétienne, les pêchers. Ces vierges noires seraient une représentation de la Prima Materia, matière première vierge de l’Œuvre, qu’on décompose au cours de l’Œuvre au noir. L’enfant que la vierge noire porte serait alors le fruit de cette matière première, la Pierre Philosophale.

Les origines des vierges noires seraient une résurgence d’un mythe ancestral très ancien, le mythe d’Isis, lui-même inspiré du mythe Babylonien d’Ishtar (ce dernier étant hérité de l’Inanna sumérienne). Isis est souvent représentée allaitant son fils Horus, qu’elle eut de son époux Osiris. Avec le disque solaire qu’Isis porte sur la tête, elle capte la lumière du Soleil pour en nourrir Horus. Elle réussit à assembler les 13 morceaux d’Osiris assassiné, en une illustration du passage de l’Œuvre au noir à l’Œuvre au blanc : la reconstitution de la matière. Bien qu’elle ne retrouvât pas le 14ème morceau, le phallus d’Osiris, elle réussit malgré tout à concevoir un fils. Cette naissance surnaturelle et providentielle n’est pas sans rappeler la naissance du Christ par Marie. Sur Isis, je vous invite à consulter l’emblème XLIV de l’Atalante Fugitive de Michael Maier qui lui est consacré.

isis allaitant horus

Isis Allaitant Horus

atalante figure XLIV

Michael Maier, Atalante Fugitive, planche XLIV consacrée à Isis et Osiris

Dans la vidéo « Paracelse, la lumière au cœur des homes » par Claude Mettra, les vierges noires sont également évoquées dès la deuxième minute, comme une « entrée en matière ». Il y explique que, plus on avançait dans le Moyen-Age et plus la noirceur de la Vierge posait problème à l’Eglise. Certains moines prétendirent que c’était le temps qui les avait noircies. Les Vierges Noires symboliseraient les profondeurs du monde souterrain et la puissance génératrice de la terre. Les rites où elles étaient fêtées se tenaient dans des grottes, considérées comme des lieux de révélation, mais également des lieux où émanaient les puissances mystiques des entrailles de la terre. Puis le christianisme arriva et remplaça ces rites hérités du paganisme le plus lointain, avec la figure de la madone, mère de substitution de tous et qui vient alors supplanter ces anciennes idoles du monde souterrain.

Revenons-en à Notre-Dame de Sous-Terre de la Cathédrale de Chartres. Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque je la visitai en juillet 2017, de constater qu’elle avait été repeinte. Lorsqu’on interroge les personnes en charge de la Cathédrale, il nous est répondu qu’elle a été repeinte afin de restituer ses couleurs originelles, qu’elle avait noirci avec l’oxydation et l’incendie qui s’était attaqué à la cathédrale et qu’il ne s’agit pas de Notre-Dame de Sous-Terre mais de Notre-Dame du Pilier. Soit, mais Notre-Dame du Pilier était une vierge noire vêtue de blanc : si elle avait dû noirci à cause de dégradations extérieures, sa robe eut été noire et non blanche. Passons. Celle que nous contemplons dans cette chapelle dédiée est une copie car l’originale fut brûlée lors de la Révolution. Ainsi, nous pouvons nous demander si « l’originale » de Notre-Dame du Pilier était bien peinte ou noire. Notre-Dame de Sous-Terre, quant à elle, se trouve bien dans la crypte (du grec κρυπτος, caché) et elle est bel et bien noire (marron foncé en réalité) et non peinte. Il s’agit également d’une copie car l’originale fut brisée en 1793.

vierge noire de chartres partie nord du déambulatoire

Notre Dame du Pilier avant que d’être repeinte (Cathédrale de Chartres)

vierge noire repeinte à chartres juillet 2017

Notre Dame du Pilier « restaurée » (Chartres, Cathédrales)

Pour en savoir plus sur Notre-Dame de Sous-Terre : http://www.cathedrale-chartres.fr/…/17_historique_nd_souste…

Fulcanelli, dans son très précieux « Le Mystère des Cathédrales » nous parle aussi des vierges noires :

Jadis, les chambres souterraines des temples servaient de demeure aux statues d’Isis, lesquelles devinrent, lors de l’introduction du christianisme en Gaule, ces Vierges noires que le peuple, de nos jours, entoure d’une vénération toute particulière. Leur symbolisme est d’ailleurs identique ; les une et les autres montrent, sur leur soubassement, la fameuse inscription : Virgini parituræ ; à la Vierge qui doit enfanter. Ch. Bigarne , nous parle de plusieurs statues d’Isis désignées sous le même vocable. « Déjà, dit l’érudit Pierre Dujols, dans sa Bibliographie générale de l’Occulte, le savant Elias Schadius avait signalé, dans son livre De dictis Germanicis, une inscription analogue : Isidi, seu Virgini ex qua filius proditurus est3 . Ces icônes n’auraient donc point le sens chrétien qu’on leur prête, du moins exotériquement. Isis, avant la conception, c’est, dit Bigarne, dans la théogonie astronomique, l’attribut de la Vierge que plusieurs monuments, bien antérieurs au christianisme, désignent sous le nom de Virgo paritura, c’est-à- dire la terre avant sa fécondation, et que les rayons du soleil vont bientôt animer. C’est aussi la mère des dieux, comme l’atteste une pierre de Die : Matri Deum Magnæ ideæ. » On ne peut mieux définir le sens ésotérique de nos Vierges noires. Elles figurent, dans la symbolique hermétique, la terre primitive, celle (76) que l’artiste doit choisir pour sujet de son grand ouvrage. C’est la matière première à l’état de minerai, telle qu’elle sort des gîtes métallifères, profondément enfouie sous la masse rocheuse. C’est, nous disent les textes, « une substance noire, pesante, cassante, friable, 3 A Isis, ou à la Vierge de qui le Fils prendra naissance.qui a l’aspect d’une pierre et se peut broyer en menus morceaux à la façon d’une pierre ». Il apparaît donc régulier que l’hiéroglyphe humanisé de ce minéral en possède la couleur spécifique et qu’on lui réserve pour habitat les lieux souterrains des temples. De nos jours, les Vierges noires sont peu nombreuses. Nous en citerons quelques-unes qui, toutes, jouissent d’une grande célébrité. La cathédrale de Chartres est la mieux partagée sous ce rapport ; elle en possède deux, l’une désignée sous le vocable expressif de Notre-Dame-sousTerre, dans la crypte, est assise sur un trône dont le socle porte l’inscription déjà relevée : Virgini parituræ ; l’autre, extérieure, appelée NotreDame-du-Pilier, occupe le centre d’une niche remplie d’ex voto sous forme de cœurs embrasés. Cette dernière, nous dit Witkowski, est l’objet de la dévotion d’un grand nombre de pèlerins. « Primitivement, ajoute cet auteur, la colonne de pierre qui lui sert de support était “cavée” des coups de ses fougueux adorateurs, comme le pied de saint Pierre, à Rome, ou le genou d’Hercule que les païens adoraient en Sicile ; mais, pour la préserver des baisers trop ardents, elle fut entourée d’une boiserie en 1831. » Avec sa Vierge souterraine, Chartres passe pour être le plus ancien de tous les pèlerinages.

notre dame d'ay

Notre Dame d’Ay

Ce n’était d’abord qu’une antique statuette d’Isis « sculptée avant Jésus-Christ », ainsi que le racontent d’anciennes chroniques locales. Toutefois, notre (77) image actuelle ne date que de l’extrême fin du XVIII e siècle, celle de la déesse Isis ayant été détruite, à une époque inconnue, et remplacée par une statue de bois, tenant son Enfant assis sur les genoux, laquelle fut brûlée en 1793. Quant à la Vierge noire de Notre-Dame du Puy, — dont les membres ne sont pas apparents, — elle affecte la figure d’un triangle, par sa robe qui la ceint au col et s’évase sans un pli jusqu’au pied. L’étoffe en est décorée de ceps de vigne et d’épis de blé, — allégoriques du pain et du vin eucharistiques, — et laisse passer, au niveau de l’ombilic, la tête de l’Enfant, aussi somptueusement couronnée que celle de sa mère. Notre-Dame-de-Confession, célèbre Vierge noire des cryptes Saint-Victor, à Marseille, nous offre un beau spécimen de statuaire ancienne, souple, large et grasse. Cette figure, pleine de noblesse, tient un sceptre de la main droite et a le front ceint d’une couronne à triple fleuron (pl. I). Notre-Dame de Rocamadour, but d’un pèlerinage fameux, déjà fréquenté l’an 1166, est une madone miraculeuse dont la tradition fait remonter l’origine au juif Zachée, chef des publicains de Jéricho, et qui domine l’autel de la chapelle de la Vierge construite en 1479. C’est une statuette de bois, noircie par le temps, enveloppée dans une robe de lamelles d’argent qui en consolide les débris vermoulus. « La célébrité de Rocamadour remonte au légendaire ermite, saint Amateur ou Amadour, lequel sculpta en bois une statuette de la Vierge à laquelle de nombreux miracles furent attribués. On raconte qu’Amateur était le pseudonyme du publicain Zachée, converti par Jésus-Christ ; venu en Gaule, il aurait propagé le culte de la Vierge. Celui-ci est fort (78) ancien à Rocamadour ; cependant, la grande vogue du pèlerinage ne date que du XII e siècle. »

A Vichy, la Vierge noire de l’église Saint-Blaise y est vénérée « de toute ancienneté », ainsi que le disait Antoine Gravier, prêtre communaliste au XVII e siècle. Les archéologues datent cette sculpture du XIV e siècle, et, comme l’église SaintBlaise, où elle est déposée, ne fut construite, dans ses parties les plus anciennes, qu’au XV e siècle, l’abbé Allot, qui nous signale cette statue, pense qu’elle figurait autrefois dans la chapelle SaintNicolas, fondée en 1372 par Guillaume de Hames. L’église de Guéodet, nommée encore NotreDame-de-la-Cité, à Quimper, possède aussi une Vierge noire. Camille Flammarion 1 nous parle d’une statue analogue qu’il vit dans les caves de l’Observatoire, le 24 septembre 1871, deux siècles après la première observation thermométrique qui y fut faite en 1671. « Le colossal édifice de Louis XIV, écrit-il, qui élève la balustrade de sa terrasse à vingt-huit mètres au dessus du sol, descend audessous en des fondations qui ont la même profondeur : vingt-huit mètres. A l’angle de l’une des galeries souterraines, on remarque une statuette de la Vierge, placée là cette même année 1671, et que des vers gravés à ses pieds invoquent sous le nom de Nostre-Dame de dessoubs terre. » Cette Vierge parisienne peu connue, qui personnifie dans la capitale le mystérieux sujet d’Hermès, paraît être une réplique de celle de Chartres, la benoiste Dame souterraine. Un détail encore, utile pour l’hermétiste. Dans le cérémonial prescrit pour les processions de Vierges noires, on ne brûlait que des cierges de couleur verte. (79) Quant aux statuettes d’Isis, — nous parlons de celles qui échappèrent à la christianisation, — elles dont plus rares encore que les Vierges noires. Peut-être conviendrait-il d’en rechercher la cause dans la haute antiquité de ces icônes. Witkowski 2 en signale une que logeait la cathédrale Saint-Etienne, « Cette figure en pierre d’Isis, écrit l’auteur, mesurant 0 m. 43 de haut sur 0 m. 29 de large, provenait du vieux cloître. La saillie de ce haut relief était de 0 m. 18 ; il représentait un buste nu de femme, mais si maigre que, pour nous servir d’une expression imagée de l’abbé Brantôme, « elle ne pouvoit rien monstrer que le bastiment » ; sa tête était couverte d’un voile. Deux mamelles sèches pendaient à sa poitrine comme celles des Dianes d’Ephèse. La peau était colorée en rouge, et la draperie qui contournait la taille en noir… Une statue analogue existait à Saint-Germain-des-Prés et à Saint-Etienne de Lyon. » Toutefois, ce qui demeure pour nous, c’est que le culte d’Isis, la Cérès égyptienne, était fort mystérieux. Nous savons seulement qu’on fêtait solennellement la déesse, chaque année, dans la ville de Busiris, et qu’on lui sacrifiait un bœuf. « Après les sacrifices, dit Hérodote, les hommes et les femmes, au nombre de plusieurs myriades, se portent de grands coups. Pour quel dieu ils se frappent, j’estime que ce serait de ma part une impiété que de le dire. » Les grecs, de même que les Egyptiens, gardaient un silence absolu sur les mystères du culte de Cérès, et les historiens ne nous ont rien appris qui pût satisfaire notre curiosité. La révélation aux profanes du secret de ces pratiques était punie de mort. On considérait comme un crime de prêter l’oreille à la divulgation. L’entrée du temple de Cérès, à l’exemple des sanctuaires (80) égyptiens d’Isis, était rigoureusement interdite à tous ceux qui n’avaient point reçu l’initiation. Cependant, les renseignements qui nous ont été transmis sur la hiérarchie des grands prêtres nous autorisent à penser que les mystères de Cérès devaient être du même ordre que ceux de la Science hermétique. En effet, nous savons que les ministres du culte se répartissaient en quatre degrés : l’Hiérophante, chargé d’instruire les néophytes ; le PorteFlambeau, qui représentait le Soleil ; le Hérault, qui représentait Mercure, le Ministre de l’Autel, qui représentait la Lune. A Rome, les Céréalies se célébraient le 12 avril et duraient huit jours. On portait, dans les processions, un œuf, symbole du monde, et l’on y sacrifiait des porcs. Nous avons dit plus haut qu’une pierre de Die, représentant Isis, la désignait comme étant la mère des dieux. La même épithète s’appliquait à Rhéa ou Cybèle. Les deux divinités se révèlent aussi proches parentes, et nous aurions tendance à ne les considérer qu’en tant qu’expressions différentes d’un seul et même principe. M. Charles Vincens confirme cette opinion par la description qu’il donne d’un bas-relief figurant Cybèle, que l’on a vu, durant des siècles, à l’extérieur de l’église paroissiale de Pennes (Bouches-du-Rhône), avec son inscription : Matri Deum. « Ce curieux morceau, nous dit-il, a disparu vers 1610 seulement, mais il est gravé dans le Recueil de Grosson (p. 20). » Analogie hermétique singulière : Cybèle était adorée à Pessinonte, en Phrygie, sous la forme d’une pierre noire que l’on disait être tombée du ciel. Phidias représente la déesse assise sur un trône entre deux lions, ayant sur la tête une couronne murale de laquelle descend un voile. Parfois, on la figure tenant une clef (81) et paraissant écarter son voile. Isis, Cérès, Cybèle, trois têtes sous le même voile.

Les images fournies dans l’ordre: Isis allaitant Horus, emblème XLIV de l’Atalande fugitive de Michael Maier, Notre-Dame de Sous-Terre Chartres, Notre Dame d’Ay, Notre Dame de Liesse

notre dame de sous terre dans la crypte

Entrer une légende

Notre Dame de Sous Terre (Chartres, crypte) 

 

Publicités

2 réflexions sur “Les vierges noires

  1. Pingback: Les vierges noires – La Nuit / La Nuit

  2. Pingback: Revue de web – novembre 2018 • Inspiration • La Lune Mauve

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s