La Tapisserie de la Dame à la Licorne, une oeuvre alchimique?

Retrouvez le pdf de l’étude au complet avec les notes de bas de page et les images à cette adresse: etude sur la tapisserie de la dame à la licorne

Cela rendra votre lecture plus agréable et plus visuelle.

  • Le bestiaire

Bien qu’il soit profus et que de nombreux animaux y figurent, nous allons ne nous intéresser qu’à trois d’entre eux par souci de synthétisme et parce qu’ils nous semblaient être les plus parlant.

  • Le lièvre ou le lapin

best 1

Steffan Michelspacher – « Cabala » – 1616

Quatrième planche : « La Conjonction »

A de multiples reprises nous voyons des lièvres ou lapins présents sur la tapisserie. Référons-nous au dictionnaire des symboles pour cette partie. L’article « lièvre » précise : « La symbolique pas plus que les croyances populaires ne font de différence entre le lièvre et le lapin ». Ainsi nous n’en ferons pas non plus. Le dictionnaire nous précise que pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un animal de la lune, nous avons eu l’occasion de parler de ce symbole précédemment. Le lièvre est le symbole de la vigilance : ils dorment les yeux ouverts et selon les médecins du Moyen-Âge, la chair du lièvre provoquerait des insomnies (la vue constante). Le lièvre symbolise également la fécondité par sa rapidité de reproduction, et également la luxure au vue de sa tendance à l’accouplement frénétique. Ceci donnera du grain à moudre aux spécialistes adeptes d’une lecture érotico-sensorielle de la tapisserie. En contrepartie, le lièvre blanc couché aux pieds de Marie incarne la victoire sur la tentation de la chair. Symbole donc à la fois de fécondité et de continence : dans la continence, l’âme devient féconde (voir à ce sujet toute la théorie de la sublimation spirituelle de la libido et du célibat des prêtres, moines bouddhistes etc). Le dictionnaire cite plus loin : « Il [le lièvre] a plus d’un tour dans son sac et parvient à vaincre par la ruse des animaux plus gros et plus forts que lui, tels que les ours ou les buffles. Il peut alors devenir le Trickster[1], celui qui trompe les hommes en se jouant d’eux ; dans ce cas, il est très proche d’un certain aspect de Mercure, dieu des voleurs et des tricheurs, ainsi que du premier stade du Mercure alchimique, lui-même lié à la lune et à son instabilité émotionnelle. »

Le lièvre a également une symbolique initiatique et pour vous présenter cet aspect, inspirons-nous du très bon article du blog :  http://aqua-permanens.blogspot.fr/2012/02/lievre.html       que nous remercions chaleureusement : « Remarquez au premier plan la présence de deux lièvres. Le personnage de gauche poursuit l’un d’eux qui rentre dans le terrier de la montagne.
Ce personnage est un disciple qui se doit d’être attentif et suivre le lièvre. Il doit lâcher ses armes inutiles pour le magistère.
A droite, un personnage aux yeux bandés représente l’ignorant, l’athée ou l’incroyant qui ne sait pas ce qu’il se passe à l’intérieur de la montagne et refuse de connaître le Principe de base du grand Art ».

Cela n’est pas sans nous rappeler « Alice au Pays des Merveilles » qui, pour accomplir son voyage initiatique, doit suivre le lapin blanc (thème repris dans le film Matrix pour le héros au début de sa quête pour la pleine conscience et l’ouverture définitive des yeux, d’ailleurs on remarquera que bon nombre d’entre eux ont été représentés en montrant un œil de la patte sur de nombreuses pièces de la tapisserie).

best 2

http://aqua-permanens.blogspot.fr/2012/02/lievre.html

Le lièvre est donc, comme poursuit l’article précité : « les alchimistes voient dans le Lièvre ou le Lapin le symbole de la connaissance occulte. Ces animaux fréquentent la terre et connaissent les galeries souterraines, c’est à dire les mines, ou autrement dit ce que nous nommons l’inconscient. Le lièvre visite les entrailles de la terre où l’alchimiste se doit de trouver la matière première ou Prima Materia de la Pierre philosophale. »

De nombreuses représentations alchimiques du lièvre le montre dévoré par un Corbeau, best 3comme par exemple sur ce médaillon placé sur l’un des pans plus récents de la basilique San Marco à Venise (photo ci-contre), nous retrouvons ce symbole assez souvent dans les rues de Venise, mais aussi sur bon nombre d’édifices en Europe.  L’article d’Aqua Permanens poursuit : « Le corbeau représente l’œuvre au noir, c’est à dire le premier stade l’Opus ou Nigredo. C’est une première étape nécessaire pour que le Corbeau, c’est à dire la Materia Prima ou « Psyché archaïque » puisse trouver à bien son processus de transformation. Il s’agit bien évidement du déroulement du processus d’individuation. »

 

Dans le voyage alchimique 3, Patrick Burensteinas nous explique que s’il met un métal à l’intérieur d’un ballon et qu’à l’intérieur de ce ballon l’Alchimiste il verse le Lion Vert., la matière va alors se décomposer et de la cristallisation de cette matière décomposée vont naître des petits éléments en forme d’oreilles de lièvre ou encore de feuilles de chêne.

best 4

En définitive, nous l’avons vu, la présence des lièvres sur les différentes pièces de la tapisserie n’est pas anodine : Le lièvre est un animal lunaire, mais aussi un symbole de fécondité, ce qui le rattache à la Terre. Il représente également les yeux grands ouverts : les yeux de la lucidité et du mystère révélé. Il a quelques similitudes avec le dieu Mercure, car il est vif (vif-argent ?) et rusé comme lui. Lors de la réalisation du Grand Œuvre, la matière se décompose sous l’action dévorante du Lion Vert et la cristallisation de celle-ci va faire apparaître des oreilles de lièvre sur les parois du ballon. Enfin, le disciple est invité à suivre le lapin dans son terrier obscur, au plus profond des entrailles de la terre afin d’entamer son parcours initiatique. Le lièvre est son guide, qui lui indique qu’il est sur le bon chemin.

 

 

  • Les oiseaux

Sur ces animaux, il y aurait des chapitres entiers à consacrer. Nous les retrouvons, à une pièce près, au-dessus de la Dame et au nombre de deux :

oiseaux ouie oiseau odorat
oiseau toucher
 oiseaux à mon seul désir  oiseaux le gout
 oiseau licorne

 

Le Dictionnaire des Symboles nous indique qu’on peut « affirmer d’une manière générale que les oiseaux représentent le plus souvent un pouvoir de liaison avec les divinités dont ils sont parfois les messagers ou les attributs ; de même ils symbolisent les états supérieurs de l’être se rapprochant des sphères spirituelles, ou les facultés principielles de l’homme que Dieu lui a données. » De tous temps les oiseaux ont en effet incarnés la liaison entre l’homme terrestre et les puissances célestes : n’est-ce pas en partie ce que recherche l’Alchimiste à travers les différentes étapes du Grand Œuvre ? Ne comprend-il pas que : «  Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut » ? Les oiseaux, par leurs allers et retours entre ciel et terre, nous rappellent cette fameuse phrase de la table d’Emeraude :   « Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre, & il reçoit la force des choses supérieures et inférieures ». Habitants des nuées, voisins de l’Ether, l’Oiseau a toujours fasciné.

Occupant une place majeure dans la symbolique alchimique, je ne peux m’empêcher d’évoquer ces volatils sans vous partager l’article du Dictionnaire Mytho-hermétique de Dom Pernety :

Oiseau. Les Philosophes ont pris assez ordinairement les oiseaux pour symbole des parties volatiles de la matière du grand œuvre, et ont donné divers noms d’oiseaux à leur mercure: tantôt c’est une aigle, tantôt un oison, un corbeau, un cygne, un paon, un phénix, un pélican; et tous ces noms conviennent à la matière de l’Art, suivant les différences de couleur ou d’état qu’elle éprouve dans le cours des opérations. Les Philosophes ont de même eu égard dans ces dénominations, aux caractères des oiseaux dont ils ont emprunté les noms, pour en faire l’application métaphorique à leur matière. Quand ils ont voulu désigner la volatilité et l’action du mercure dissolvant sur la partie fixe, ils l’ont appelé aigle, vautour, parce que ce sont des oiseaux forts et carnassiers. Tel est celui que la Fable dit avoir rongé le foie de l’infortuné Prométhée. C’est l’aigle qui doit combattre le lion, suivant Basile Valentin et les autres Adeptes. La putréfaction est exprimée par ce combat, auquel succède la mort des deux adversaires. La noirceur étant une suite de la putréfaction, ils ont dit que des corps des deux combattants il naissait un corbeau; tant parce que cet oiseau est noir, que parce qu’il se repaît de corps morts. A la noirceur succèdent les couleurs variées de l’arc-en-ciel. On a dit en conséquence que le corbeau était changé en paon, à cause des mêmes couleurs qui se font admirer sur la queue de cet animal. Vient ensuite la blancheur, qui ne pouvait être mieux exprimée que par le cygne. La rougeur de pavot qui succède, a donné lieu d’imaginer le phénix, qu’on dit être rouge, parce que son nom même exprime cette couleur. Ainsi chaque Philosophe a emprunté des oiseaux qu’il connaissait, les noms qu’il a cru convenir à ce qu’il voulait exprimer. C’est pourquoi les Egyptiens avaient introduit dans leurs hiéroglyphes les deux sortes d’Ibis, noire et blanche, qui dévoraient les serpents, et en purgeaient le pays. On voit une quantité d’exemples de ces allégories dans les Fables Egyptiennes et Grecques dévoilées. OISEAU D’HERMES. Mercure des Philosophes. OISEAU sans ailes. Soufre des Sages. Senior a pris pour symbole des matières volatile et fixe de l’Art, deux oiseaux qui se battent, l’un ayant des ailes, placé dessus un qui n’en a pas; l’un et l’autre se tiennent par la queue, et celui qui a des ailes développées, semble vouloir enlever l’autre, qui semble faire tous ses efforts pour ne pas perdre terre. OISEAU DES SAGES. Mercure philosophique. OISEAU DORE. Magistère avant sa fixation; ainsi nommé, de ce qu’il contient les principes de l’or, et qu’il est volatil. OISEAU VERT. Matière de l’œuvre avant sa préparation.

De même Serge Hutin nous propose quelques images symboliques dans son « Que sais-je » ? l’Alchimie paru au Puf et nous donne un petit condensé des informations apportées par Dom Pernety à la rubrique « Oiseaux » : un oiseau s’élevant vers le ciel représente la volatilisation ou la sublimation de la matière. S’il est représenté tombant à terre, il s’agit alors de la précipitation ou condensation et quand il ou ils sont représentés opposés à des animaux terrestres, ils symbolisent tout simplement l’air, qui est leur élément.

On ne peut parler d’alchimie et d’oiseaux sans penser à la très fameuse langue des oiseaux[2] sur laquelle nous ne nous étendrons pas tant de nombreux ouvrages en traitant de façon profuse et avec qualité. Soulignons juste l’importance qu’elle occupe dans notre Science et la façon dont son nom étaye l’importance des Oiseaux dans la symbolique alchimique.  Concernant notre tapisserie, dans « le Voyage Alchimique 3, le Mont Saint-Michel », Patrick Burensteinas indique qu’en regardant la tapisserie de la Dame à la Licorne, l’Alchimiste a une indication de métal à utiliser et dans quelle proportion. Malheureusement, je ne suivrai pas Patrick Burensteinas sur son interprétation de la lecture de la tapisserie comme indication en langue des oiseaux de Diane de Poids Tiers (Le tiers du poids de Diane donc l’argent. ) étant donné que la tapisserie daterait d’une période située entre 1484 et 1515 et que Diane de Poitiers vécut de 1499 à 1566. Cela aurait pu faire sens mais au vu des dates cela ne colle pas et ça ne pouvait pas être un vœu du commanditaire, Diane de Poitiers n’étant pas encore la Grande Dame que nous connaissons aujourd’hui. A présent toute hypothèse ne peut être complètement rejetée en le sens où nous ne savons pas avec une exactitude absolue de quand date cette tapisserie ni d’où elle provient.

L’Oiseau a donc une place toute particulière en Alchimie et il était donc tout naturel de les voir apparaitre dans le bestiaire de la Dame à la Licorne, soit par deux (les deux principes ?) soit à la main de la Dame qui apprivoise ce qui est volatil et qui semble en harmonie avec l’animal et donc pratiquer la langue des oiseaux. Elle communique avec le monde céleste et spirituel par l’intermédiaire de l’animal ailé.

best 5

 

  • Le singe (ou signe)

Un petit animal équivoque s’est glissé sur la plupart des pièces de la tapisserie à l’exception de l’Ouïe  à moins que les yeux ne nous fassent défaut : il s’agit du singe. L’étymologie latine donne « simius » qui a donné le mot « simiesque » et est à rapprocher de l’étymologie du mot « similaire » dont l’origine latine est « similis », le singe est donc avant tout définit par sa qualité d’imitation. Je vous cite à ce sujet le très bon article du blog : http://hermetisme.over-blog.com/article-19942083.html

« L’importance de cette tapisserie [le toucher] est mise en évidence par le singe suspendu au-dessus de la corne, ce qui désigne l’expression cabalistique qui la met en évidence car le mot singe est l’anagramme de signe et de cygne, dont la blancheur comme celle de la licorne, nous informe de deux choses essentielles et inséparables : qu’il est question ici de la voie humide, laquelle ne livrera ses secrets que si nous savons interpréter les signes, qui peuvent être cabalistiques. Donc l’image doit pleinement satisfaire notre sens de l’esthétique en même temps que de celui de notre désir de connaissance… « À mon seul désir. »

Il est un fait indéniable qui signe le véritable alchimiste, c’est celui de singer l’œuvre de création, ce que confirme Fulcanelli en remarquable passage de la page 255 du premier tome des demeures philosophales :

best 6

« C’est que l’alchimiste, dans son patient travail, doit être scrupuleux imitateur de la nature, le singe de la création, suivant l’expression génine de plusieurs maîtres. Guidé par l’analogie, il réalise en petit, avec ses faibles moyens et dans un domaine restreint, ce que Dieu fit en grand dans l’univers cosmique. Ici, l’immense : là le minuscule. »

En cela, tout est dit sur la raison de la présence allégorique du singe sur la tapisserie.

           

  • Conclusion

 

En définitive, la tapisserie de la Dame à la Licorne continue de fasciner le monde entier puisqu’elle a voyagé au Japon notamment, de nombreuses études et ouvrages lui sont consacrés, les fêtes médiévales en sont lourdement décorées. Nous l’avons ainsi tout d’abord présentée de façon générale et continuons de penser que des incertitudes demeurent quant au commanditaire, sur la date de sa création et sur son sujet réel. De cela, nous n’aurons jamais de preuves irréfutables et cette tapisserie continuera donc de faire l’objet de diverses hypothèses, toutes aussi intéressantes les unes que les autres, en se faisant le creuset de la projection des divers idéaux médiévaux.

Cette œuvre passionnante est bien une œuvre alchimique : nous avons étudié, avec les maigres connaissances dont nous disposions et avec l’aide précieuses de articles présents sur le web, les multiples évocations alchimiques dont la toile est tissée. Nous avons fait une catégorie à part pour le Lion et la Licorne, les deux figures de proue de la tapisserie, encadrant la Dame, pour leur forte appartenance à la symbolique alchimique. Parmi les évocations les plus explicites pour les non-initiés, nous avons vu que le choix des couleurs n’était pas anodin et que la Dame arborait une tenue noire au toucher pour resplendir dans l’escarboucle de la pièce « à mon seul désir », elle incarne cette Materia Prima, qu’il faut travailler au moyen de ses deux acolytes le Lion (le soufre) et la Licorne (le mercure). Le rouge, le noir, le bleu (l’argent) et l’or colorent cette tapisserie d’une façon des plus hermétiques. L’argent est aussi présent dans le blason de la triple lune, cette trinité qui sous-tend également la cosmogonie alchimique. Les cinq sens présentés dans les différentes pièces sont autant d’étapes initiatiques nous menant au sixième sens spirituel. Nous avons enfin étudié scrupuleusement le bestiaire en corrélation avec la Science qui nous intéresse.

La tapisserie de la Dame à la Licorne est bien une œuvre alchimique car, par une série de symboles très précis, elle nous indique un cheminement initiatique à poursuivre pour accéder en fin de compte à la « pluie d’or » et la « richesse dorée » des alchimistes : l’accomplissement spirituel de soi, la richesse intérieure et l’acquisition d’un degré de conscience accru, nous ouvrant les portes – comme les deux pans de la tente bleue et or de la sixième tapisserie- du monde matériel vers le monde de l’Eternité, but ultime de la Pierre Philosophale.

  • Annexes

 

Annexe 1 : Les blogs et articles qui ont pu être cités ou ont servi d’appui pour la présente étude, je les remercie encore chaleureusement :

https://le-miroir-alchimique.blogspot.fr/2011/09/lat-la-dame-la-licorne.html

http://deslicornesetdeshommes.kazeo.com/tapisseries-de-la-dame-a-la-licorne-c27548702

http://hermetisme.over-blog.com/article-19942083.html

https://histoiredintuition.com/2014/07/12/le-mysterieux-sixieme-sens-de-la-dame-a-la-licorne/

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chasse_%C3%A0_la_licorne

http://www.ledifice.net/7446-3.html

http://www.paganguild.org/aubeseptiemelune/grimoire-sorcellerie/theorie/rouge.htm

http://fbecuwe.free.fr/licorne1.htm

http://aqua-permanens.blogspot.fr/2012/02/lievre.html

http://langue.des.oiseaux.free.fr/

http://dame-licorne.pagesperso-orange.fr/VERSION%20LONGUE/20-%20alchimie.htm

La page facebook « alchimie recueil » en a fait un article : https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=1092956777506621&id=512883032180668

 

 Annexe 2 : Les sources « livresques »

https://www.littre.org/

https://www.amazon.fr/Dictionnaire-symboles-coutumes-figures-couleurs/dp/222108716X

http://www.labirintoermetico.com/01Alchimia/Pernety_dictionnaire_mytho-hermetique(1787)(trascr).pdf

Des livres que je n’ai pas consultés mais qui présentent un certain intérêt :

Yvonne Caroutch, La Licorne alchimique, les éditions philosophiques, 1981.

Tracy Chevalier, La Dame à la Licorne, Gallimard, 2005, trad Marie-Odile Masek

 

 

[1] Larousse : trickster nom masculin (anglais trickster, filou) Personnage qui, dans des mythologies très différentes, joue un rôle consistant à dérégler le jeu normal des événements, à plaisanter sur les dieux, etc. (C’est le corbeau ou le coyote qui jouent ce rôle dans les mythes amérindiens ; Renart, Till Eulenspiegel dans les contes d’Europe.)

 

[2] La langue des oiseaux consiste à donner un sens autre à des mots ou à une phrase, soit par un jeu de sonorités, soit par des jeux de mots (verlananagrammes, fragments de mots…), soit enfin par le recours à la symbolique des lettres. Autrement dit, la langue des oiseaux est une langue tenant de la cryptographie, qui se fonde sur trois niveaux :  * La correspondance sonore des mots énoncés avec d’autres non dits permet un rapprochement sémantique qui constitue un codage volontaire, soit pour masquer une information, soit pour amplifier le sens du mot premier ; * Les jeux de mots utilisés permettent un codage davantage subtil et ésotérique, les mots se reflètent ad libitum : verlananagrammes, fragments de mots, etc. ; * La graphie enfin, fondée sur la symbolique mystique des lettres des mots énoncés, peut renvoyer à un codage iconique renforçant le sens des mots, comme dans les hiéroglyphes.

Les plus anciens documents dont nous disposons aujourd’hui théorisant la langue des oiseaux sont signés Grasset d’Orcet et Fulcanelli, et remontent à la seconde moitié du xixe siècle. Ils attribuent néanmoins à la langue des oiseaux des origines immémoriales : elle aurait longtemps été une langue d’initiés, un système de codage occulte lié à l’alchimie et à la poésie hermétique (de Hermès, dieu patron des phénomènes cachés). Elle acquiert une dimension psychologique au xxe siècle, avec les travaux de Carl Gustav Jung ou de Jacques Lacan, qui y voient un codage inconscient permettant d’amplifier le sens des mots et des idées.

Le Dictionnaire des langues imaginaires recense plusieurs entrées en lien avec la langue des oiseaux : langage des animauxlangue des corbeauxlangage de l’extase (mystique), langage ludiquelangage du rossignollangue secrète… Néanmoins il existe des langues farfelues (comme la langue des corbeaux) sans fondements historiques, sûrement inventions de cas pathologiques1. Il faut ainsi différencier les « langues secrètes » des langues farfelues, des langues inventées (la langue des grenouilles, d’Aristophane), des jargons et dialectes et des imitations (« langue des animaux » dont Mircea Eliade dit qu’elle consiste à « imiter leurs cris, surtout les cris d’oiseaux »). Finalement, c’est l’existence d’un code caché qui permet de départager ces registres et de repérer l’originalité de la langue des oiseaux. Source et article complet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Langue_des_oiseaux

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s